Dimanche 9 novembre 2008


Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie,
un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.
                                                             ( Ferdinand FOCH )

Par dilemma - Publié dans : citations
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Mercredi 23 juillet 2008

Il  y a des jours comme cà, où l'on n'a envie de rien, où l'on n'est rien.
Des jours, où on maudit la vie tout en la suppliant d'être plus clémente, moins garce.
Ces jours-là, l'on se demande où est passée la putain d'étoile qui devait briller au-dessus de notre tête, de notre route.
Des jours, où l'on se recroqueville dans notre lit, pour essayer de dormir, malgré le boucan dans notre tête.
Ces jours, qui nous condamnent à errer entre quatre murs, lumières allumées, histoire de repousser le noir qui nous fait peur.
Des jours, où l'on est persuadé que l'on va crever, sans que notre nom puisse briller, et que l'anonymat aura notre peau que l'on défend tant.
Ces jours, où l'on traine notre carcasse entamée par les corbeaux du temps, et que l'on se force à vivre...un minimum.
Des jours, où la douleur est telle, qu'elle bouffe toutes les larmes et que c'est notre âme qui pleure, qui souffre.
Les jours, où l'envie de crier est un stade dépassé, et que c'est le silence qui nous confère du répit.
Ces jours-là, j'ai peur du monde. J'ai peur de vous,  de moi, de...de...
Ces jours, le soleil ne m'éblouie pas, et  l'espoir ne me secoue pas.
Des jours, où je ne vois rien, je ne sens rien et n'imagine rien.



DILEMMA

Par dilemma - Publié dans : écrits divers - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 15 juin 2008

Lettre d'un sportif




J'ignore ce qui arrive ; j'essaie de relativiser, je ne peux pas comprendre, je ne veux pas comprendre.


La concentration...L'action...La concentration...Le but...L'euphorie...Mon équipe...Le public...Mon pays...


Ce sont les maillons d'une chaîne, d'un processus normal, sensationnel, équilibré...Ma force.

Qu'est-ce-que l'équilibre aujourd'hui ? dites-moi.

L'équilibre, est-ce les grondements qui tonnent lorsque je rentre sur le terrain pour faire mon métier ?

Suis-je bête...J'en viens à me demander si je n'ais pas rêver..Non. Bien sûr que non !

Les murmures, je les ai toujours ignoré, ils me paraissaient inoffensifs, désuets, inutiles...ce n'est pas vrai, mais pour rester fort, c'est ce que je me dis.

Je compare avec hier  :  la belle époque où je n'entendais absolument rien de cette haine qui remet en question mon humanité.

Aujourd'hui, puisque c'est de cela qu'il est question, aujourd'hui je descend dans une arène et non dans un stade.

Il n'y a ni taureau, ni toréador, mais des cibles et des tireurs.

Dieu m'a fait homme, ils me font singe, bête. Le destin m'a fait joueur, le leur est confiné dans l'absurde haine ignorante.

Selon la couleur, celle-la même qu'il me faut justifier, j'ai droit aux hourra ou aux crachats.

 

Concentration...Action...concentration....Le but...Mon équipe......Le public......Les cris...La haine...concentration..concentration..Evite la déroute, mon grand...Concentre-toi!!

 

Mon coeur perdu dans l'immensité populaire, je ne distingue plus les visages ; me parviennent que des rugissements d'animaux grotesques, la bave de l'intolérant atteind mon statut d'être, jamais elle ne me brûlera la peau,celle-la même que vous voulez gratter et blanchir.. Jamais elle ne me brûlera et je laisse l'acide de vos mots ronger votre être, noyé dans l'incapacité.

Et voilà mon cri ! d'animal assoiffé de paix !


Course, feinte, arrêt, tir......Mais va au but, mon grand.

 

DILEMMA

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Samedi 19 avril 2008

Je marche dans la nuit en cherchant ton ombre.
Je n'ais plus de vie, plus de rire, que des cris.
J'ai envie de frapper la Vie qui t'a quitté,
Mais je me brise les poings sur le marbre de ta tombe.

Je porte l'empreinte du doute,
Conséquence indélébile de ton départ.
Je ne sais où aller,
Ma route est minée.

Brisée !
Je suis disloquée :
Le dépit, fidèle bourreau des inconsolables,
Garde en otage les éclats de mon âme dispersée.

Où se cache la vérité ?
Celle-là même que je mendie, que je supplie.
Quel rédempteur pour moi ?
Je suis l'hôte du néant absolu.

De ses bras puissants et nocturne,
Il scelle mon être a toi.
Mon jour et ma nuit,
Affranchis-moi de ta mort.



DILEMMA
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Jeudi 13 mars 2008
La mort.. J'la vois , j'la sens, j'la cotoie jour après jour.... La mort... Elle dîne avec moi dans ma puanteur de chair à canon....Elle se ramène à toutes les heures, à toutes les secondes... Elle ne nous lâche pas mes compagnons et moi....La mort., elle me sourit, elle se montre sous son meilleur jour comme une femme attendant son amant ! Elle bouge du cul, déambule devant moi, me tente... M'appelle ! Elle me soudoie cette mort...! Prête à s'élancer sur moi si je lui fais un signe... A s'emparer de mon corps fatigué, lapidé par les tirs ennemis.. Fatigué... Elle est là.. Prête à m'entourer de ses bras maigres, pleins d'hypocrite tendresse et d'illusoires promesses ! Va t-en ! Mon heure est loin et je ne me donnerai pas à toi... Je te renie... Je te rejette ! Je ne veux me marier à une si laide destinée... Que m'offres- tu ? Vois ce que mes frères tombés sous ton charme sont devenu : Je marche sur leur corps disloqué, je vis parmis leurs chairs pourries ! Vois...! Les miens tombent devant toi et disparaissent sous ton épaisse robe obscure ! Va t-en ! Détourne-toi et va quérir le néant dont tu es l'assidue croyante !
Mort... Maintes fois aux heures sombres... Je t'ais apercu ramassant les débris des miens, parcourant les amas putrides, tu emmenais les malheureux écroulés, tu étouffais dans un brouillard
toxique les uns à l'agonie, les autres qui émettaient un sursaut de survie !
Mort je te hais !
Pourtant..... Bien des fois. ..Sous la mitraille de la peur... Oui... Bien des fois au coeur de l'épuisement qui tiraillait mon âme, mon corps.... Bien des fois... Pour échapper à cet enfer des hommes... oui... Je t'ais appelé... Méprise ! Tu me conduirais à un enfer éternel ! Va t-en ! Je sens ton ombre planer sur ma vie... Tu scrutes la faiblesse, l'envie... Tu la veux, n'est ce pas ? Impertinente prêtresse... Tu ne t'arrêtes donc jamais ! Assoiffée de peur, va t-en !!!
C'est l'angoisse de tes venues qui acerbe ma rage ; C'est la bêtise des grands qui nous ont fait victimes , c'est leur folie qui te nourrit.
Mort ! Je n'ais qu'une prière, si tu viens me chercher...Ne me surprend pas dans le sommeil..... Je veux t'affronter, face à face. Accorde moi ce dernier combat...



Le soldat inconnu.



DILEMMA
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Jeudi 13 mars 2008
pleinelune.jpg
La nuit plonge ses doigts
Dans la chevelure des Immortels,
Spectres qui chevauchent le sommeil
Des Hommes inconscients.

Et cette caresse ectoplasmique
Encourage la course de ces insoumis.
Ils courent, ils courent, les maudits !
Vampires indignes du calme terrestre !

Ils courent, ils courent, les maudits !
Portant les cauchemards en armes guerrières !
Leurs ricanements blessent nos esprits crédules,
Et nous sombrons dans le vide inexplicable.

Terrible cycle, qu'est la haine des Immortels,
Implacable et poisseuse tel le poix                                                 
Que rejette leur Mère, pour cimenter                                                           
L'effroi à nos âmes, ses lois à nos nuits.



DILEMMA



Photo de Ossiane,(http://ossiane.blog.lemonde.fr/ossiane/2006/05/pleine_lune.html)

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Jeudi 21 février 2008





Le matin du 21 Juin 2007, les habitants du petit quartier " Le Marais" situé à Petite-Synthe non loin de Dunkerque, regardèrent passer non sans moqueries un de leurs voisins, Francis Gonzàles.
Francis gonzalès habitait ce secteur depuis plus de 20 ans, et en connaissait les moindres recoins et habitations ; âgé d'environ cinquante ans, il résidait dans une vieille bâtisse dont il avait hérité de sa mère adoptive, et qui se situait près du château d'eau.
Nul ne savait son histoire et de quoi il vivait, mais tous étaient témoins de ses perpétuelles extravagances, notamment celle du premier jour d'été qui déclenchait l'hilarité avoisinante.
En effet, notre homme se dirigeait fièrement vers l'épicerie du coin, revêtu d'un "charro", costume traditionnel mariachis. Il faut dire que, côté hygiène corporelle et propreté vestimentaire Francis était le dernier, mais en grand fanatique de la fameuse musique mexicaine, son habit était impeccable : un grand et majestueux chapeau noir à bord jaune or le coiffait parfaitement, une chemise à manches longues d'un blanc immaculé se terminait par une cravate en forme de papillon du même jaune. Une veste noire, tombait parfaitement sur un pantalon tout aussi sombre, parfaitement coupé, où on pouvait admirer une multitude de "mancueñas", ces fameux petits boutons dorés qui ornent traditionnellement les pantalons mariachis. Il avait de l'allure, notre mariachis ! Enfin... selon lui, car son entourage était loin de partager  la même dévotion !  En le voyant passer ainsi affublé, ses voisins s'étouffaient plus de rire que d'admiration, et c'est sous une haie majestueuse de quolibets et de gouailleries tant à l'aller qu'au retour, que Gonzàles allait acheter de quoi arroser son gosier pour fêter ce grand jour de soleil.


- " Hé ! Où vas -tu d'un si bon pas, le Mariachis ?
                                                                                                                                                                                                                                                                Tu sais que tu devrais postuler comme attraction du coin ! C'est le maire qui serait fier d'avoir de quoi attirer de nouveaux touristes !"


Mais Gonzàles ne s'attardait pas : il se contentait de toiser furieusement les interpellants, et continuait son chemin, le port altier.

De retour de ses courses, il répétait le même rituel depuis des années : Affalé sur une chaise longue usée dans son jardin, de l'alcool à porté de main, il écoutait en boucle les plus grand morceaux mariachis avec un vieux lecteur, tout en accompagnant d'une voix criarde les chansons.
On peut dire qu'il s'était fait un devoir en quelque sorte, de faire découvrir cette merveilleuse musique aux gens de son quartier, qu'il considérait comme des sauvages, du fait de leur ignorance du mexique. Il se sentait l'âme d'un missionnaire quand il s'agissait de diffuser à grand volume cette voluptueuse musique , si chère à son coeur....
Tout le monde savait que ca durerait tout le jour, et tolérait les folies de l'homme qui n'étaient pas au fond si nuisible que cela...
Enfin, tout le monde...sauf Maria, sa femme.
Elle déboula du salon, furieuse, se campa sur le perron et cria :


 - " Quoi ? Encore cette foutue musique ! Tu vas éteindre cette radio, oui ! J'en ai marre de ta bêtise, cela fait quinze ans que je supporte ca ! Quinze ans où tu m'assassine à coup de chiquichi par ci et là ! Arrête cette musique  ! Je veux écouter mon feuilleton ! "


Francis, habitué aux colères de sa femme, ne sourcilla même pas. Il écoutait "sa" musique, et rien  ne pouvait lui enlever la joie qu'il en ressentait...Même pas la furie qui lui servait de compagne...Il était question de beauté et de femme fatale, de volupté et de classe... Il regarda du côté de Maria, et décrocha une grimace : Ses cheveux sombres ramenés en une queue de cheval étaient gras et abîmés, elle était affublé d'un immonde caleçon fleuri et d'un tee-chirt tâché de nourriture. Francis soupira : elle fut belle jadis, pleine d'entrain et de malice, coquette, mince et amoureuse. Il pensa encore qu'il n'y avait que ses grands yeux noirs qui avaient survécut à la dégringolade générale. Maintenant, elle touchait à l'alcool aussi férocement qu'un homme, passant ses journées à hurler après lui et à béatifier sur ses feuilletons télévisés. Oui...assurément il ne l'avait pas volé, "sa " journée mariachis !"
Il augmenta le volume afin de couvrir la voix de la harpie et se replongea illico dans la volupté, la beauté et la sensualité d'un phantasme en jupon.

- " Ahhhhhhhh ! Qu'il est bon de rêver ! "

Mais Maria ne lacha pas prise,  non ! c'était trop ! Le premier épisode d'une nouvelle série avait commencer et elle n'entendait pas sacrifier le seul plaisir de sa petite vie pour un imbécile qu'elle s'était trompée à épouser !

- " Francis ! éteint cette radio ! "

Il n'eut pour toute réponse qu'un geste de la main l'invitant à  partir.

- "Je te préviens , si tu ne baisse pas ta radio je... je..."

- " Tu vas faire quoi ? " nargua l'homme

- " Je te quitte ! et pour un autre ! "

Il éclata de rire au point qu' il faillit tomber de son siège.

- " Mon dieu ! ma pauvre Maria, il y a longtemps que personne d'autre ne se retourne sur toi ! Il n'y a que moi, si bon pour t'avoir comme femme  et c'est pourquoi j'irais au paradis en contrepartie ! "

- " Ca suffit ! "

Dans un geste colérique Maria saisit une bouteille à proximité et la brisa sur le poste qui ne supporta pas un tel traitement. Plus de Mariachis. Plus de chiquitiquichi. Elle avait rendu l'âme sur le coup.
Stupéfaits tous les deux par une telle violence,  ils tombèrent tous les deux sur une chaise, observant  la radio décapitée et noyée de bière.

- " Je...Je suis désolée , Francis"

- "..."

- " Dis quelquechose...Je voulais simplement écouter mon feuilleton."

- " Non...C'est ma faute, j'ai toujours chercher à te faire mal et à te faire crier."

- " C'est la première fois que tu me donnes raison depuis bien longtemps ! "

- " Allé, viens dans mes bras, ma Dona ! "

- " Ca fait longtemps que tu ne m'avais plus appeler comme cela ! "

- "...."

L'histoire aurait pu se terminer ainsi, dans le pardon et la joie nouvelle...si on avait été dans un film à l'eau de rose à petit budget. Mais voilà les illusions du cinéma sont loin et nous sommes à Dunkerque...Dans le Marais. La réalité fut plutôt comme ceci :

- " Francis ! éteint cette radio ! "

Il n'eut pour toute réponse qu'un geste de la main l'invitant à  partir.

- "Je te préviens , si tu ne baisse pas ta radio je... je..."

- " Tu vas faire quoi ?" nargua l'homme

- " Je te quitte ! et pour un autre ! "

Il éclata de rire au point qu' il faillit tomber de son siège.

- " Mon dieu ! ma pauvre Maria, il y a longtemps que personne d'autre ne se retourne sur toi ! Il n'y a que moi, si bon pour t'avoir comme femme  et c'est pourquoi j'irais au paradis en contrepartie ! "

- " Ca suffit ! "

Dans un geste colérique Maria saisit une bouteille à proximité et la brisa sur le poste qui ne supporta pas un tel traitement. Plus de Mariachis. Plus de chiquitiquichi. Elle avait rendu l'âme sur le coup.
Stupéfaits tous les deux par une telle violence,  ils se regardèrent une fraction de temps avant de reprendre le combat. Francis plus rapide que sa femme, ramassa la grosse bouteille et lui asséna un violent coup à la tête. Elle s'écroula, ensanglantée. Cela ne le stoppa pas, des dizaines de coups suivirent le premier : en peu de temps, la pauvre Maria ne fut qu'un tas de chairs sanguinolentes, méconnaissable et surtout...Morte.

- " C'était ma journée...Maria. Ma journée ! Il a fallut que tu gâches tout, comme à chaque fois !  Tu n'avais pas le droit ! "

Il ramassa ce qui restait de son poste et se rentra dans la maison. Malgré son habileté de bricoleur, il ne put la remettre en état.
Il essaya pourtant durant des heures mais rien n'y faisait . Les larmes aux yeux, il se résolut à abandonner.


- " Tu n'avais pas le droit ! " Tu as vu ce que tu as fait ?  Tu ne gagneras pas Maria ! Non ! Je m'en vais acheter une autre de ce pas, et tu ne pourras pas m'en empêcher ! "


Alors qu'il  cherchait les clefs de sa vieille BX, la porte d'entrée vola en éclat, et Gonzalès se retrouva immobilisé et menotté par des policiers prévenus par un témoin de la scène macabre, sans trop comprendre ce qui lui arrivait.


- " Le suspect a été neutralisé " dit  la voix rauque d'un policier.



C'est ainsi que tout le Marais ahurit, vit Francis Gonzalès,  grand amateur de Mariachis être arrêté et emmené par la police et apprit avec horreur son crime, lorsque le pauvre corps de Maria  enfermé dans un sac noir, fut engoufré dans une voiture d'un blanc immaculé.


- " Attendez ! Ma radio ! Vous comprenez...Aujourd'hui c'est ma journée, et j'écoute, toujours du mariachis ce jour-là. Demandez à ma femme, elle vous le dira."


DILEMMA
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Mercredi 13 février 2008
La nuit, on imagine ce qu'on désire et tout paraît possible.  Au grand jour, l'imagination pâlit. La nuit, on voit des choses inexistantes et on y croit.


[Robert  CHOQUETTE]

Extrait de "Moi, Pétrouchka"
Par dilemma - Publié dans : citations
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Dimanche 10 février 2008
FLORILEGE D'UNE ÂME


" Petite Lulla, ma petite Fleur...Non...Ne pleure pas.
Petite chérie, aux pétales clos.
Sous mes doigts mentors, je veux sentir ton petit corps grandir, effleurer tes perles qui me troublent tant.
Petite Fleur...Non...Ne pleure pas.
Papa t'aime comme çà, papa est comme çà !
Ne me cache  pas ce que je veux tant chez toi : Ton corps innocent, dont je suis l'assidu pêcheur.
Tu ne diras rien, n'est-ce-pas ? Tu ne diras rien à Maman.
Papa est comme çà, Papa t'aime comme çà."



- "Lulla ? Lulla ? Lulla, ca va ?"
- "Oh...Ah...C'est toi maman. Excuse-moi, j'étais plongée dans mes pensées."
- "Es-tu certaine d'aller bien ? Tu es très pâle ma chérie. Allé, viens, on va prendre une boisson chaude à la cafétéria."

Les deux femmes, empruntèrent le long couloir blanc, du service des soins intensifs, du CHRU de Lille.
Voilà trois jours, qu'elles veillaient au chevet de Francis Edmont-Dancourt, leur père et mari.
Ancien avocat au barreau de Lille, il avait subit une fulgurante attaque cérébrale qui l'avait plongé dans un état comateux.
Trois jours, sans dormir et à veiller la moindre étincelle d'amélioration. Elles étaient épuisées, mais restaient néanmoins fortes et confiantes. Pas pour les mêmes raisons, cependant :
Agnès, la mère était un petit bout de femme active, à la cinquantaine pimpante ; Elle ne pouvait concevoir de perdre l'homme qu'elle aimait tant et qui remplissait si lourdement sa vie. De petite taille, elle affichait encore, malgré les années entassées et la fatigue, les restes de beaux traits de jeunesse. Elle était belle.
Refusant de perdre espoir, elle croyait dur comme fer que Francis, d'un moment à l'autre, se réveillerait et l'appellerait comme à l'accoutumé.

"Il ne peut pas mourir.Comment ferais-je ? Je ne serais plus rien...Francis...Francis...Ne me laisse pas.Tu es mon mentor..Tu ne peux pas m'abandonner."

Pour Lulla c'était une autre histoire.

"Petite chérie, aux pétales clos. Ma petite fleur...Ne pleure pas. Papa est comme çà, papa t'aime comme çà."
"Tais-toi, papa. Tais-toi !"

Ces mots ! Ces mots !
La jeune femme, espérait en effet, que son père reprenne conscience, non par amour, mais pour enfin l'affronter.Par n'importe quel moyen. Elle voulait le combattre, et non qu'il s'en aille comme un héros qu'il n'était plus pour elle. Un dictateur. Un violeur. Pas un héros.
Il lui avait fallu cinq ans de thérapie pour comprendre tout cela et effacer la culpabilité latente qui la rongeait. Elle n'était plus disponible..pr lui...elle voulait le regarder comme un violeur, et non comme un roi qui exercait un droit naturel honteux sur ses deux femmes. L'accident avait précipité les choses : Tant mieux. Voilà sept ans qu'elle avait fui, honteuse. Elle revenait pour compléter le puzzle de sa survie. Rompre le silence...La pire blessure de l'âme.
Assise, là, en face de sa mère, elle ne pouvait envisager de lui dire la vérité.

"Elle est si fragile quand papa n'est pas là...Cà a toujours été comme çà...Elle l'a toujours suivi aveuglement, où qu'il aille , et le ferait toujours...même vers l'enfer...Maman..Maman.. Pourquoi n'as tu rien vu..Rien compris..."
"Elle en mourrait"


- "Maman..."
- " Oui , ma chérie ? "
- " Je...Tu....Tu vas bien ? Avec tout cela, on n'a pas eu le temps de se parler...
- " De refaire connaissance..aussi..."
- " Oui...dans un sens."
- " Je ne t'en veux pas Lulla, je ne t'en ai jamais voulu, tu as toujours été differente, curieuse.;Mais si calme et mélancolique. alors le jour où tu nous a annoncé ton départ à ton père et à moi...Je me suis résignée. Mais je savais que tu reviendrais. Alors ne t'inquiète pas.Je ne t'en veux pas."
- " Maman, tu ne t'ais jamais demandé, pourquoi j'étais partie ? "

 "J'ai fui..Maman..J'ai fui, Papa ! "

- " Oui bien sûr, mais ce n'est pas un secret.. Tu ne t'entendais pas avec ton père...Vous vous disputiez constamment..Je me souviens, tu sais. Il était dans une colère noire, quand tu as refusé d'intégrer la faculté de droit, et choisi une filière artistique. Tu as fais un choix. Justement ! Petite cachotière ! Jai vu l'article qu'ils t'ont consacré à l'occasion de ton vernissage ! Que d'éloges ! Je suis fière de toi, Lulla !

Voyant l'étonnement sur le visage de sa fille, elle reprit :

- " Et oui, ma chérie...Bien que tu sois loin, je me tiens au courant de ton évolution de peintre... Ton père aussi d'ailleurs....Il a tous les articles qui parlent de toi, dans un tiroir de son bureau.. Il ne l'a jamais avoué..mais il est satisfait de toi."

" Pas vrai.. pas vrai !!"

- " Maman..."
- " Oui ?"
- " ..."
-" Qui a-t-il, chérie ? Tu as des problèmes ? Que veux-tu me dire ? "

Elle lui pris la main.

- " C'est papa.."
- " Oh...Oui.. ma chérie... Je comprend. L'avoir vu comme cela, inerte..alors que vous êtes partis fâchés..Ca te bouleverse..Ne dis rien...Je comprend, tu sais.
- " Maman...Papa..Papa, m'a fait mal "
- " Oui, je sais..."

"Dis le moi..Dis le moi ! Dis moi ce queje ne veux pas entendre ! "

- " Papa..Maman..Papa m'a..."

- " Madame Edmont-Dancourt ? "

Elles levèrent les yeux, un jeune interne se trouvait à côté d'elle, l'air impatient"

- " Oui ? Qui-a-t-'il ? C'est Francis ? Oh mon dieu ! " s'écria t-elle en se levant et en s'élançant vers la sortie.
- " Attendez Madame ! "
- " Qui a t-il, Docteur ? Je suis sa fille."

" Il est mort.. Il est mort.. non... Non.. Je ne veux pas !"

- Et bien, mademoiselle, Votre père s'est réveillé. On ne peut pas dire si il a gardé la totalité, ou une partie de sa mémoire. Notre équipe est à son chevet. Mais il s'est réveillé, et c'est une tres bonne chose".

" Il s'est réveillé...Il s'est réveillé...Il faut que tu me dises, pourquoi, papa..Pourquoi moi "

- " Mademoiselle ? vous vous sentez bien ?
- " Oui...Je...Je rejoins ma mère. Merci Docteur.

Lulla s''éloigna d'un pas automatique. Elle se refusait à courir, s'efforcant de rester calme, de contrôler ses pas qui voulaient l'emporter très vite vers son père. Sa bouche hurlait, mais elle se pincait les lèvres au sang, ses poings étaient prêts à cogner le visage de Francis, mais elle les fermaient et les tenait serrés contre son corps, aggrippant le tissus de ses vêtements à l'en déchirer. La chambre se rapprochait de plus en plus et son coeur criait de plus en plus fort. Un dernier virage.. Et voilà... La porte était là...212....Elle saisi la poignée, et poussa. Il y avait sa mère, tenant la main du malade qui gémissait doucement. Une infirmière contrôlait les appareils, deux medecins parlaient. Mas Lulla ne les entendait pas...Juste un bourdonnement. Elle se fraya un passage, et se retrouva très vite près de son père, du côté opposé à sa mère.

- " Me voilà...."

- " Bonjour...Papa."

Le malade, engourdit de sommeil, tourna lentement la tête vers la jeune femme ; son visage resta impassible, aucun sentiment ne se dessina, rien. Le vide.

- " Ma petite fleur...Tu es revenue..."

- "Tu ne me vois même pas... Tu ne me vois même pas ! salaud..salaud !"

La jeune femme, n'en revenait pas ; elle avait espéré que son père manifeste de la surprise, de la nervosité, et même de la peur..oui, la peur qu'on sache... Elle avait tant imaginé cette scène, avec les dialogues, les cris, les coups, la vérité, cette foutue vérité pour laquelle elle a tant bataillé...Mais non...tout était différent.. Il ne réagissait même pas, ne la voyait même pas !

- " Ca n'a pas toujours été comme çà, n'est-ce-pas papa. Combien de fois, j'ai espéré que tu m'oublies, combien de fois, j'ai prié au fond de mon lit, pour que tu ne viennes pas sous mes draps."

Ce fut la mère qui brisa le silence triangulaire :

- " Francis, mon chéri... Regarde, c'est Lulla, ta Lulla. Regarde, elle est revenue. Tu l'as reconnait ? Regarde c'est ta petite fleur."

- " J'ai l'impression de la livrer...."

Francis gémit, mais Lulla ne put entendre ses paroles. Il fit signe à sa femme de s'approcher plus près et lui parla longuement à l'oreille. Il ferma les yeux, pour faire comprendre qu'il voulait se reposer.
Lulla était désespérée, figée, ébahie, écorchée. L'attitude de son père, lui était intolérable, injurieuse. Elle n'avait pas prévu ce comportement dans ses phantasmes les plus noirs. Anéantie, elle sortit de la chambre, à tâtons, sans vraiment savoir où elle se rendait. Sa mère la rattrapa.

- " Lulla ! Lulla ! Attend ! "
- " Maman..."  
- " Lulla, ne lui en veux pas. Il est sous le choc, c'est tout. Ne t'inquiète pas, ma chérie. Dans quelques jours çà ira, tu verras."

- " Viens ma Lulla.. Viens.. là..... Tu ne diras pas à maman, hein.. Ca la tuerais tu sais."

- " Maman, tu..."  
- " Allé Lulla, demain ca ira mieux, et puis tu sais,ton père a touj..."
-" Ecoute moi ! Ecoute moi ! "

Lulla saisi sa mère par les épaules et la secoua brutalement.

- " La raison pour laquelle je suis partie de la maison, comme une voleuse, c'est parce que papa abusait de moi depuis l'âge de 10 ans ! Tu comprends ? Tu comprends ? Il me violait maman ! Il me vio..."

Un gifle cinglante coupa la jeune femme net dans son élan. Triste scène d'une mère face à la vérité de sa fille. Triste et inavouable vérité.

- " Ca suffit ! Tu entends ? Je t'interdis de parler comme çà de ton père.. Je t'interdis de parler de çà."

- " Maman...non maman...Pas toi..."

- " Je t'ais demandé de te taire , Lulla ! " ajouta Agnès, en saisissant d'une main, le menton de sa fille.

- " Je t'aime...Lulla"

La fille, se perdait dans les yeux de sa mère, comme pour chercher une lueur de compréhension. Rien. Non, ce n'était pas elle. Sa mère était méconnaissable : ce n'était plus la femme timide, réservée et hésitante, mais une autre personne, une autre femme, hostile, violente, fermée. Une reine qui protège..son roi.

- " Je veux que tu t'en ailles. Ce n'est plus indispensable que tu restes. J'expliquerais à ton père que tu as dû rentrer afin de règler un problème à la galerie."

- " Non, maman..."

- " Va t'en..Lulla. Rien ne sert de chercher une vérité déjà usée...Va t'en."

Elle s'éloigna, sans se retourner et regagna la chambre.
Lulla abasourdie, saoulée  de dégoût, resta figée au milieu du couloir blanc. Après un long moment d'absence, elle sortit de la clinique, et regagna en silence son hôtel.

Elle y dormit combien de temps ? Elle l'ignorait. Toujours est-il que la sonnerie du téléphone la tira de son douloureux sommeil.
 - " Allo ? "
Une voix, qui lui semblait familière répondit :

- " Mademoiselle Edmont-Dancourt ? Lulla Edmont-Dancourt ?
- " Oui.."
- " Ici, le Professeur Vanbalinghem, je m'occupe du cas de votre père.Mademoiselle...Il faut que vous veniez à la clinique...Il. il s'est passé quelquechose.."

- " Je ne peux pas... Je retourne à Paris.. ce matin."
- " Je doute que cela soit possible... Mademoiselle... Votre père est mort..."
- " ...Qu...Quoi ? "
- " Votre père est mort dans la nuit.. Mademoiselle je vous en prie.. Votre mère... on doit vous poser des questions. Je vous attends. Mademoiselle ?

- " Oui.. Oui... J'arrive..J'arrive, docteur."

Elle changea rapidement de vêtements, et attendit un taxi devant l'hôtel. Elle ne pensait pas. Elle s'interdisait à le faire.
Vingt minutes après, elle pénétra dans le service. Chambre... 212...Personne. A l'accueil, elle demanda à parler au Professeur Vanbalinghem. Il vint en personne.

- " Mademoiselle... Venez...Comme je vous l'ais dit, votre père est mort hier soir. Mais...."
- " Mais ? Qu'est ce qu'il y a docteur ? Où est ma mère ? "
- " Mademoiselle...Votre mère a tué votre père."

Lulla se laissa tomber à terre, incapable de tenir sous le choc de la nouvelle.
Le medecin s'efforça de la maintenir debout.
 - " Soyez forte..."
- " Où est t-elle ? où est t-elle ?! "
- " Venez dans mon bureau, les inspecteurs de police vous y attendent"
- " Non ! Où est ma mère ? Je veux voir ma mère ! Maman ! Maman ! "

Le medecin, essaya de calmer la jeune femme, mais n'y parvint pas. Impossible de calmer une enfant, enfermée dans le corps d'une adulte blessée. Impossible. Les cris de Lulla ressemblaient aux cris d'une petite fille qui appelaient à l'aide sa mère...Mais elle appelait à l'aide contre quoi, cette fois-ci ? Contre la vérité...bien sûr... Celle-là même qu'elle voulait rejeter après l'avoir mendié.
Ce que Lulla ignorait encore, et ce que les inspecteurs voulaient lui annoncer, c'est qu'après avoir tué son mari avec une vulgaire paire de ciseaux, Agnès s'était jetée de la fenêtre de la chambre.
Triste vérité, en ce matin blanc... Triste mais nécessaire.

Le roi est mort, la reine l'a suivi. La fille survivrait.

" Petite Lulla, ma petite Fleur...Non...Ne pleure pas.
Petite chérie, aux pétales clos.
Sous mes doigts mentors, je veux sentir ton petit corps grandir, effleurer tes perles qui me troublent tant.
Petite Fleur...Non...Ne pleure pas.
Papa t'aime comme çà, papa est comme çà !
Ne me cache pas ce que je veux tant chez toi : Ton corps innocent, dont je suis l'assidu pêcheur.
Tu ne diras rien, n'est-ce-pas ? Tu ne diras rien à Maman.
Cà la tuerait."

DILEMMA

Par dilemma - Publié dans : nouvelles
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