Jeudi 21 février 2008





Le matin du 21 Juin 2007, les habitants du petit quartier " Le Marais" situé à Petite-Synthe non loin de Dunkerque, regardèrent passer non sans moqueries un de leurs voisins, Francis Gonzàles.
Francis gonzalès habitait ce secteur depuis plus de 20 ans, et en connaissait les moindres recoins et habitations ; âgé d'environ cinquante ans, il résidait dans une vieille bâtisse dont il avait hérité de sa mère adoptive, et qui se situait près du château d'eau.
Nul ne savait son histoire et de quoi il vivait, mais tous étaient témoins de ses perpétuelles extravagances, notamment celle du premier jour d'été qui déclenchait l'hilarité avoisinante.
En effet, notre homme se dirigeait fièrement vers l'épicerie du coin, revêtu d'un "charro", costume traditionnel mariachis. Il faut dire que, côté hygiène corporelle et propreté vestimentaire Francis était le dernier, mais en grand fanatique de la fameuse musique mexicaine, son habit était impeccable : un grand et majestueux chapeau noir à bord jaune or le coiffait parfaitement, une chemise à manches longues d'un blanc immaculé se terminait par une cravate en forme de papillon du même jaune. Une veste noire, tombait parfaitement sur un pantalon tout aussi sombre, parfaitement coupé, où on pouvait admirer une multitude de "mancueñas", ces fameux petits boutons dorés qui ornent traditionnellement les pantalons mariachis. Il avait de l'allure, notre mariachis ! Enfin... selon lui, car son entourage était loin de partager  la même dévotion !  En le voyant passer ainsi affublé, ses voisins s'étouffaient plus de rire que d'admiration, et c'est sous une haie majestueuse de quolibets et de gouailleries tant à l'aller qu'au retour, que Gonzàles allait acheter de quoi arroser son gosier pour fêter ce grand jour de soleil.


- " Hé ! Où vas -tu d'un si bon pas, le Mariachis ?
                                                                                                                                                                                                                                                                Tu sais que tu devrais postuler comme attraction du coin ! C'est le maire qui serait fier d'avoir de quoi attirer de nouveaux touristes !"


Mais Gonzàles ne s'attardait pas : il se contentait de toiser furieusement les interpellants, et continuait son chemin, le port altier.

De retour de ses courses, il répétait le même rituel depuis des années : Affalé sur une chaise longue usée dans son jardin, de l'alcool à porté de main, il écoutait en boucle les plus grand morceaux mariachis avec un vieux lecteur, tout en accompagnant d'une voix criarde les chansons.
On peut dire qu'il s'était fait un devoir en quelque sorte, de faire découvrir cette merveilleuse musique aux gens de son quartier, qu'il considérait comme des sauvages, du fait de leur ignorance du mexique. Il se sentait l'âme d'un missionnaire quand il s'agissait de diffuser à grand volume cette voluptueuse musique , si chère à son coeur....
Tout le monde savait que ca durerait tout le jour, et tolérait les folies de l'homme qui n'étaient pas au fond si nuisible que cela...
Enfin, tout le monde...sauf Maria, sa femme.
Elle déboula du salon, furieuse, se campa sur le perron et cria :


 - " Quoi ? Encore cette foutue musique ! Tu vas éteindre cette radio, oui ! J'en ai marre de ta bêtise, cela fait quinze ans que je supporte ca ! Quinze ans où tu m'assassine à coup de chiquichi par ci et là ! Arrête cette musique  ! Je veux écouter mon feuilleton ! "


Francis, habitué aux colères de sa femme, ne sourcilla même pas. Il écoutait "sa" musique, et rien  ne pouvait lui enlever la joie qu'il en ressentait...Même pas la furie qui lui servait de compagne...Il était question de beauté et de femme fatale, de volupté et de classe... Il regarda du côté de Maria, et décrocha une grimace : Ses cheveux sombres ramenés en une queue de cheval étaient gras et abîmés, elle était affublé d'un immonde caleçon fleuri et d'un tee-chirt tâché de nourriture. Francis soupira : elle fut belle jadis, pleine d'entrain et de malice, coquette, mince et amoureuse. Il pensa encore qu'il n'y avait que ses grands yeux noirs qui avaient survécut à la dégringolade générale. Maintenant, elle touchait à l'alcool aussi férocement qu'un homme, passant ses journées à hurler après lui et à béatifier sur ses feuilletons télévisés. Oui...assurément il ne l'avait pas volé, "sa " journée mariachis !"
Il augmenta le volume afin de couvrir la voix de la harpie et se replongea illico dans la volupté, la beauté et la sensualité d'un phantasme en jupon.

- " Ahhhhhhhh ! Qu'il est bon de rêver ! "

Mais Maria ne lacha pas prise,  non ! c'était trop ! Le premier épisode d'une nouvelle série avait commencer et elle n'entendait pas sacrifier le seul plaisir de sa petite vie pour un imbécile qu'elle s'était trompée à épouser !

- " Francis ! éteint cette radio ! "

Il n'eut pour toute réponse qu'un geste de la main l'invitant à  partir.

- "Je te préviens , si tu ne baisse pas ta radio je... je..."

- " Tu vas faire quoi ? " nargua l'homme

- " Je te quitte ! et pour un autre ! "

Il éclata de rire au point qu' il faillit tomber de son siège.

- " Mon dieu ! ma pauvre Maria, il y a longtemps que personne d'autre ne se retourne sur toi ! Il n'y a que moi, si bon pour t'avoir comme femme  et c'est pourquoi j'irais au paradis en contrepartie ! "

- " Ca suffit ! "

Dans un geste colérique Maria saisit une bouteille à proximité et la brisa sur le poste qui ne supporta pas un tel traitement. Plus de Mariachis. Plus de chiquitiquichi. Elle avait rendu l'âme sur le coup.
Stupéfaits tous les deux par une telle violence,  ils tombèrent tous les deux sur une chaise, observant  la radio décapitée et noyée de bière.

- " Je...Je suis désolée , Francis"

- "..."

- " Dis quelquechose...Je voulais simplement écouter mon feuilleton."

- " Non...C'est ma faute, j'ai toujours chercher à te faire mal et à te faire crier."

- " C'est la première fois que tu me donnes raison depuis bien longtemps ! "

- " Allé, viens dans mes bras, ma Dona ! "

- " Ca fait longtemps que tu ne m'avais plus appeler comme cela ! "

- "...."

L'histoire aurait pu se terminer ainsi, dans le pardon et la joie nouvelle...si on avait été dans un film à l'eau de rose à petit budget. Mais voilà les illusions du cinéma sont loin et nous sommes à Dunkerque...Dans le Marais. La réalité fut plutôt comme ceci :

- " Francis ! éteint cette radio ! "

Il n'eut pour toute réponse qu'un geste de la main l'invitant à  partir.

- "Je te préviens , si tu ne baisse pas ta radio je... je..."

- " Tu vas faire quoi ?" nargua l'homme

- " Je te quitte ! et pour un autre ! "

Il éclata de rire au point qu' il faillit tomber de son siège.

- " Mon dieu ! ma pauvre Maria, il y a longtemps que personne d'autre ne se retourne sur toi ! Il n'y a que moi, si bon pour t'avoir comme femme  et c'est pourquoi j'irais au paradis en contrepartie ! "

- " Ca suffit ! "

Dans un geste colérique Maria saisit une bouteille à proximité et la brisa sur le poste qui ne supporta pas un tel traitement. Plus de Mariachis. Plus de chiquitiquichi. Elle avait rendu l'âme sur le coup.
Stupéfaits tous les deux par une telle violence,  ils se regardèrent une fraction de temps avant de reprendre le combat. Francis plus rapide que sa femme, ramassa la grosse bouteille et lui asséna un violent coup à la tête. Elle s'écroula, ensanglantée. Cela ne le stoppa pas, des dizaines de coups suivirent le premier : en peu de temps, la pauvre Maria ne fut qu'un tas de chairs sanguinolentes, méconnaissable et surtout...Morte.

- " C'était ma journée...Maria. Ma journée ! Il a fallut que tu gâches tout, comme à chaque fois !  Tu n'avais pas le droit ! "

Il ramassa ce qui restait de son poste et se rentra dans la maison. Malgré son habileté de bricoleur, il ne put la remettre en état.
Il essaya pourtant durant des heures mais rien n'y faisait . Les larmes aux yeux, il se résolut à abandonner.


- " Tu n'avais pas le droit ! " Tu as vu ce que tu as fait ?  Tu ne gagneras pas Maria ! Non ! Je m'en vais acheter une autre de ce pas, et tu ne pourras pas m'en empêcher ! "


Alors qu'il  cherchait les clefs de sa vieille BX, la porte d'entrée vola en éclat, et Gonzalès se retrouva immobilisé et menotté par des policiers prévenus par un témoin de la scène macabre, sans trop comprendre ce qui lui arrivait.


- " Le suspect a été neutralisé " dit  la voix rauque d'un policier.



C'est ainsi que tout le Marais ahurit, vit Francis Gonzalès,  grand amateur de Mariachis être arrêté et emmené par la police et apprit avec horreur son crime, lorsque le pauvre corps de Maria  enfermé dans un sac noir, fut engoufré dans une voiture d'un blanc immaculé.


- " Attendez ! Ma radio ! Vous comprenez...Aujourd'hui c'est ma journée, et j'écoute, toujours du mariachis ce jour-là. Demandez à ma femme, elle vous le dira."


DILEMMA
Par dilemma - Publié dans : nouvelles
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